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Nouvelles du pays de l'harmonie

  Les tableaux ici réunis sont des messagers énigmatiques. Ils nous viennent chargés du temps et de l'espace parcourus, des épreuves, des oublis, des possibles à demi accomplis. Nous en sommes destinataires, nous le sentons bien : ils se dirigent vers nous, à notre rencontre. Ils peuvent offrir au regard une évidence trompeuse. On croit, au premier coup d'œil, déceler des filiations, des adossements, des congruences d'imaginaire. Mais à mesure qu'on laisse se déployer le tableau, il vient démentir toutes les impressions trop rapides. Il a son rythme propre, son questionnement original, à part.

  Ces tableaux, d'abord, sont des témoignages lumineux d'une vie. Je suis heureux d'avoir croisé sur nos chemins respectifs, de Chine en France et de France en Chine, Wang Yan Cheng. Nul besoin de le connaître pour aimer ses tableaux, sans doute. Mais je suis moins sûr qu'on puisse les comprendre tout à fait en faisant abstraction de la vie du peintre, de sa générosité, de sa sensibilité si particulière. Ses tableaux semblent prolonger sa personne, transmettre une intonation de voix, trahir un geste à peine esquissé. Ici plus que jamais, le peintre est l'instrument de sa peinture. Il soumet toute son existence à cette pratique, passant de longues heures à l'atelier pour ajouter une nouvelle couche au tableau.

  Peindre, pour Wang Yan Cheng, c'est exister. Il semble très tôt s'être fixé la tâche immense d'apprivoiser le temps. Il s'y efforce au moyen d'une technique de peinture à maturation lente, densifiant la couleur, faisant émerger peu à peu le non-figuré. Ces tableaux que nous voyons ici sont des concrétions du temps, plus exactement sans doute des compressions de temps, comme les vingt-quatre images secondes de l'image de cinéma, mais à son rythme monstrueux et presque géologique. Ce sont des surimpressions de moments, capables par la couleur, par la forme de donner à voir la durée, l'élan qui l'anime et la rend habitable par l'homme. Au fond, la profondeur des tableaux naît d'une perspective chronologique et non pas géométrique. La superposition des temps suscite les contrastes, invite le regard, l'emporte au loin. Les tableaux n'en sont que plus vivants.

  Cette découverte nous place au cœur de ce qui me paraît être la véritable énigme de la peinture de Wang Yan Cheng, celle de l'harmonie et de la composition. Wang Yan Cheng interroge la composition davantage que la représentation. L'abstraction y est un leurre. La partie se joue dans l'espace soigneusement délimité du tableau, dans cette fenêtre ouverte sur une autre réalité. Son questionnement se distingue d'une longue tradition du XIXe et du XXe siècle pour renouer avec un problème plus ancien, celui de l'occupation de l'espace, des lois esthétiques des équilibres, des sensations. Au fond sa filiation est avec les Impressionnistes davantage qu'avec les Modernes, de Cézanne aux cubistes ou à l'abstraction. Son objet est bien le visible, et non le réel, l'image et l'enluminure, non l'icône.

  Il propose à notre regard des scènes, des paysages découpés du réel, offrant l'impression d'une révélation de l'existant. Ses tableaux doivent beaucoup aux paysages du Shandong où il s'éveilla à la peinture, où il conquit sa palette, où il mit à l'épreuve sa technique. On retrouve dans les verts profonds et les bleus éclatants, dans les piqûres de couleurs la végétation solennelle de la péninsule plongée en Mer de Chine orientale, terre de montagnes, d'eaux et d'esprits où veille la mémoire de Confucius plus de vingt-cinq siècles plus tard. La comparaison avec la peinture de Zao Wou Ki est à cet égard hâtive, superficielle. Au fond, tout différencie les deux entreprises. L'un combat avec le chaos, l'autre compose avec les contraires, allouant en espace ce que chaque principe perd en pureté, en unicité, en simplicité. Cette peinture est d'accommodement, avec la vie, avec le réel. Elle en tire sa dignité et sa noblesse d'art du sensible.

  Comment ne pas songer au concept si central pour la Chine, si enraciné dans les forêts du Shandong, de l'harmonie. L'harmonie est composition. Nul chaos, nulles ténèbres entrelacées chez Wang Yan Cheng. La surface de la toile, comme la surface de la terre, est pleine. Elle appelle la composition par un partage. Les paysages ne sont jamais loin. On croit deviner un ciel, l'obscurité d'un bosquet, les piqûres de couleurs vives d'une prairie printanière. Wang Yan Cheng nous prend par la main et nous emmène dans un territoire tout entier habité et organisé par l'harmonie, tout entier assujetti à ses lois.

  Il y a bien une leçon à tirer de ce spectacle. L'harmonie n'est pas un rappel à la moyenne. Au contraire, elle est principe de résistance du divers face à la puissance d'homogénéisation des forces de l'univers. Elle relève du combat. Rien de tiède ou de convenu dans les contrastes, les associations de couleurs, les équilibres des grandes masses. Les toiles laissent percer des couleurs qui ne semblent pouvoir se trouver dans la nature, et pourtant elles en offrent une reproduction encore plus fidèle. Ainsi des nappes aux lumières éclatantes. Certaines toiles comme sont traversées de traînées lumineuses, comme un banc de plancton phosphorescent, emporté au gré des marées.

  Qu'est ce qui unit ces toiles ? Les tableaux de Wang Yan Cheng, reconnaissons-le, peuvent déconcerter. Dès que l'on croit avoir trouvé une trame, un motif, une clé conduisant d'un tableau à un autre, surgit un tableau unique, qui invalide la théorie.

  Certaines compositions semblent surgies d'un microscope électronique, à la recherche des mystères du vivant, ou des captures astronomiques en quête de lointains. On croit deviner des circonvolutions gazeuses, des filaments, des structures spiralaires, des irisations qui laissent deviner la présence et l'interaction de l'observateur – ou de son instrument- et de l'objet à observer. C'est peut-être cela le propre de Wang Yan Cheng, une science du regard ; une peinture qui se nourrit des visions et des révélations d'un siècle scientifique, de l'accès nouveau à une réalité échelonnée depuis l'immensément petit jusqu'à l'immensément grand, d'un visible ramené aux capacités si restreintes de l'œil humain et détaché d'un réel – à peine une étroite bande passante des ondes dont nous sommes baignés. L'abstraction est dans le réel comme le ver dans le fruit. A l'artiste de la rendre visible à son tour. D'offrir des visions de la démesure, de décentrer le réel, d'expulser l'homme d'un foyer de la création qu'il a occupé et usurpé pendant tant d'années. Plus qu'un travail sur la figuration qui l'amènerait vers l'abstrait, comme s'y est efforcé le Vingtième Siècle, il s'agit ici de représenter l'abstrait – pour ainsi dire dans son état brut. C'est un travail instrumental, une observation du démesuré. Il s'appuie certes sur le regard d'autres artistes, dont on croit voir surgir les réminiscences, mais au fond, il suit son propre chemin. Il est peut-être à placer après l'abstraction. Plus que la question de la représentation, c'est la question de l'interaction optique qui explique sa peinture ; les diffractions, déformations, recompositions de l'instrument lorsqu'il saisit le réel, dans un âge quantique qui sait que la présence même de l'instrument altère voire crée l'objet d'observation.

  Un autre indice nous maintient à la surface du tableau et nous empêche de nous y enfoncer. Les images ont toutes un grain particulier, comme des photographies de paysages ou de visages se refusant à la captation. Comme une esquive dans l'effort du regard pour saisir et conquérir le réel. Les toiles de Wang Yan Cheng semblent se réserver, s'échapper devant notre regard. Elles sont couvertes d'un voile, d'une neige, parfois d'un grillage de brossages horizontaux et verticaux. Comme une phrase de Kafka, elles s'efforcent de rendre la réalité regardable. Comme les voilages du pape Innocent III chez Velasquez et chez Bacon elles permettent de montrer tout en cachant. En Chine, il est à croire que la nature tout entière tend son voile sous l'unicité du Ciel. De la rencontre des deux principes nait la brume, qui est au fond la forme même du regard.

  Car on ne peut oublier que Wang Yan Cheng est profondément chinois, dans son mode de pensée, dans son imaginaire, dans sa retenue même. La reconnaissance dont jouit Wang Yan Cheng en France témoigne de l'entente profonde qui lie la culture française et la civilisation chinoise. Des affinités électives ont poussé leurs rameaux depuis des siècles, dans un rapport commun au temps et aux arts. Pays de révolutions qui ont dû se réinventer pour affronter le défi de la modernité. Les Etats-Unis sont nés modernes. La Grande-Bretagne s'est nourrie de tradition. La France et la Chine luttent toutes deux pour maintenir l'attelage fougueux de ces deux principes. L'une en quête de l'équilibre, l'autre à la recherche de l'harmonie.

  En trente ans d'une belle carrière de peintre à cheval sur les deux pointes du continent eurasiatique, Wang Yan Cheng n'a manqué de reconnaissance ni d'un côté, ni de l'autre. Il a accumulé les distinctions prestigieuses et les prix. Il a multiplié les expositions à travers le monde entier et dans les plus beaux musées. Il est le vivant exemple du dialogue fructueux qui s'est noué depuis des siècles le long de cette Route de la Soie qu'il s'agit aujourd'hui de ranimer et de faire vivre à nouveau, de ce fil ténu qui a toujours été le symbole à la fois de la civilisation et de l'unité du monde, habité et connu. Wang Yan Cheng porte haut ces qualités de dialogue, de respect mutuel, de recherche subtile qui caractérise cette aspiration ancienne.

  L'harmonie, décidément, est le signe sous lequel peint et vit Wang Yan Cheng.

作者:德维尔潘(法)

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